Je livre à vos critiques les réflexions ci-dessous, concernant la fonte des glaciers.

Je me limite à ce que je connais un tout petit peu : les glaciers de nos montagnes.

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1 De l'origine des glaciers

Au delà d'une certaine altitude, il ne pleut presque jamais. et à l'exception d'une très courte période estivale, toute précipitation est neigeuse.

La courte période de fonte estivale ne compense pas la neige accumulée le reste du temps. La neige s'accumule donc.

Sur les pentes, cette accumulation entraîne régulièrement des avalanches.

Dans les combes, la neige accumulée se transforme et s'écoule lentement sous l'effet de la gravité. C'est le glacier.

Le glacier est l'exutoire des neiges accumulées au cours des périodes neigeuses.

Il arrive que la configuration du relief ne permette pas un écoulement suffisant des glaces : C'est le cas sur le plateau du Groenland, dont la zone centrale s'est ainsi affaissée sous le poids des glaces accumulées.

2 Aspect dynamique
S'il tombait chaque année la même quantité de neige, avec des conditions climatiques constantes, un glacier finirait par trouver un équilibre : la masse de neige accumulée chaque année serait égale à la masse de glace fondue ou sublimée. Nous serions dans un "équilibre dynamique", qu'on pourrait aussi, en simplifiant, décrire ainsi : le glacier avancerait, globalement, de la même valeur qu'il fondrait (en bas) et se renouvellerait (en haut).

Mais voila, le climat n'est pas constant, la quantité de neige tombant au sommet du glacier varie fortement.

Dans les périodes chaudes, l'air étant plus chargé en humidité, il y a plus de précipitations sur les zones froides, donc plus de neige à haute altitude. La quantité de glace accumulée chaque année à haute altitude augmente, le haut de la langue glaciaire s'épaissit. (Au dessus d'une certaine altitude, même en période chaude, on continue à avoir essentiellement de la neige, même en été) Dans le même temps, la glace fond rapidement à basse altitude, au bout le la langue glaciaire

Dans les périodes froides, c'est le contraire.

3 Constante de temps

On peut difficilement parler de constante de temps pour un glacier.La vitesse d'écoulement varie fortement, notamment, en fonction de la teneur en eau liquide, qui varie elle-même avec la température.

A l'inverse, au cœur d'un glacier, la température est quasiment insensible aux variations de la température extérieure.

Supposons, pour fixer les idées, qu'un glacier avance de 10 cm par jour, cela représente un peu moins de 40 m par an. Pour un glacier de 10 km, la neige tombée aujourd'hui fondra dans 10 000/40 = 250 ans. La glace qui fond aujourd'hui au bout de la mer de glace pourrait être issue de neige tombée entre 1700 et 1800, en fin du "petit âge glaciaire".

4 Conséquence

Supposons un glacier de longueur 10 km avançant de 10 cm par jour. Nous avons vu ci-dessus que la glace formée à la date t fondra en bout de glacier à la date t + 250 ans.

A la fin du petit âge glaciaire le glacier est très long (la langue glaciaire a peu fondu du fait de la période froide, le glacier a progressé ; en bas de la langue glaciaire, la neige datait des environs de l'an 1500, donc dans la courte période chaude (1 siècle quand même) qui a précédé le petit âge glaciaire. elle était donc plutôt épaisse ).

Mais en haut du glacier, l'épaisseur est plutôt faible : la période froide n'a pas permis de chutes de neiges aussi abondantes qu'en période chaude.

 

Aujourd'hui, 250 ans plus tard, c'est cette glace peu abondante qui arrive au bout de la langue glaciaire. Et aujourd'hui, nous sommes en période chaude. donc le bas de la langue glaciaire a tendance a fondre plus vite qu'en période froide.

On voit ici que la constante de temps du glacier peut avoir un fort effet amplificateur sur les effets des variations périodiques de la température

J'ai décrit ici un système simple par rapport à la réalité. Mais cela suffit déjà à voir que le recul des glaciers n'est pas dû qu'au réchauffement actuel : il peut être amplifié, peut-être très fortement, par des évènements passés assez lointains. Donc gardons nous des raisonnements simplistes !

Juste pour le plaisir : un article de 1928 sur le même sujet (Source : l'Or du Rhône, revue de l'UGR, 1er trimestre 1929)

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Vue du glacier, agrandie :

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